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Étiquette : recommandation

Lisez Beastars !, ou le choix du titre court qui va à l’essentiel

Les amis qui vous connaissent et peuvent vous dire « tu devrais lire/regarder ça, je suis certain que ça te plaira » en ayant raison sont un bien précieux. C’est ainsi que j’ai découvert Beastars, par un ami qui connaissait mon amour pour la série de BD « Blacksad ». « Zootopia en plus sombre » ou « Blacksad au lycée », telles étaient les quelques informations que j’avais sur la série. Aujourd’hui, je vais encore parler manga, mais j’ai une bonne excuse : l’adaptation en série d’animation arrive bientôt sur Netflix. Promis, la prochaine fois je change de support. Mais pour l’heure, vous devriez vous jeter sur Beastars. Ou, au strict minimum, sur le superbe générique en stop-motion qui a été fait pour la série.

La série possédera une animation différente, mais ce générique a absolument tout compris aux questions et à l’ambiance de la série.

Nous vivons dans une société…

Il y a deux grandes tendances dans les œuvres qui prennent comme personnages des animaux dans une société sans humains. Certaines, comme Blacksad, se dirigent vers les animaux anthropomorphisés : les animaux sont plutôt des humains avec une apparence alternative, qui en dit souvent long sur leur personnalité. D’autres ont une approche plus littérale et présentent de véritables animaux, avec leurs différences et leurs spécificités : c’est le parti pris de Beastars, où les échelles de taille et les comportements correspondent largement aux animaux réels. Écrit et dessiné par la mangaka Paru Itagaki et prépublié depuis 2016, Beastars dépeint un monde où toutes les espèces cohabitent tant bien que mal, avec des carnivores interdits de consommer de la viande et des herbivores terrifiés de voir un carnivore céder à la tentation. Pas de parallèle évident à faire avec le racisme ou le sexisme de notre monde : même si les inspirations sont évidentes, les discriminations de cet univers reposent sur de vraies différences d’aptitudes naturelles et des pulsions souvent maladives. En résulte un univers « normal » en apparence mais toujours au bord du chaos et qui ne peut guère compter que sur les « Beastars », des individus charismatiques et talentueux qui mettent leur notoriété au service de l’ordre et de l’équilibre. Voilà pour le contexte.

Six volumes sont sortis en France à l’heure où j’écris ces lignes.

Quand on parle du loup, on en voit la queue

L’histoire qui nous intéresse se déroule à l’institut Cherryton, prestigieuse école où un élève du club de théâtre vient d’être assassiné, dévoré par un carnivore. Plusieurs élèves soupçonnent Legoshi, grand loup gris un peu asocial, régisseur lumière du club et, accessoirement, notre héros. Legoshi ! Quel personnage ! Cette grosse pelote de doutes et de paradoxes est le héros parfait pour un récit qui veut développer les questions d’identité. Gentil et timide, il rejette sa propre force et ses instincts tout en voulant intervenir contre ce qui lui semble injuste. Discret et satisfait d’être dans l’ombre, il finit toujours par attirer l’attention avec son étrange comportement. Attentif aux détails que personne ne remarque, il est désespérément aveugle envers tout ce qui le concerne directement. Aussi posé au quotidien que prompt à la panique face à ce qu’il ne comprend pas, aussi mature que manquant cruellement d’expérience. Et avec les joies du passage à l’âge adulte, Legoshi va découvrir en même temps son désir amoureux et ses pulsions de prédateur.

Entre amour et prédation, il n’y a qu’un pas.

J’entend le loup, la lapine et le cerf rouge

Parce que Beastars, c’est avant tout une histoire de relation, qu’elles soient familiales, amicales ou sentimentales. Toute l’intrigue (passionnante) autour, qu’elle se passe dans un club de théâtre de lycéens ou dans le marché noir contrôlé par la mafia, ne sert qu’à explorer et pousser au bout ces relations. Bien que la galerie des personnages soit riche et colorée, un triangle de relations complexes porte le récit. Legoshi le loup, évidemment. Mais aussi Louis le cerf rouge, star du club de théâtre et pressenti pour être le futur Beastar, aussi confiant qu’arrogant, l’opposé lumineux de Legoshi. Et entre eux, Haru la lapine, boule de poil trop honnête avec ses sentiments pour son propre bien. Oui, tous les codes du triangle amoureux sont là, et les révélations et déclarations-chocs en fin de chapitre abondent, comme dans toutes les comédies romantiques. Mais ici, les rebondissements ont des conséquences sur la durée, le statut quo ne dure pas. Très vite, les personnages se retrouvent complètement transformés par les expériences qu’ils traversent. Surtout si lorsqu’on ajoute le tigre complexé, la louve ambitieuse, le panda roi du ghetto, le gang des lions et tant d’autres…

Source des tourments de Legoshi, Haru fait autant figure de proie que de prédatrice.

Une double page et une punchline, svp

En version papier, le tout est servi par un dessin avec lequel j’avais un peu de mal au début, avant de me laisser séduire. Le sens de la mise en scène de l’auteure est parfait pour représenter les dynamiques conflictuelles entre les personnages, et le jeu sur l’aspect des personnages fonctionne à merveille, surtout pour Legoshi : tantôt un air simplet, tantôt un air prédateur, selon les personnes qui le regardent. Mon péché mignon dans cette série, ce sont les double-pages : quand Paru Itagaki décide d’appuyer une phrase ou une révélation en occupant deux pages, elle compose son dessin comme une scène de film, et j’en suis conquis à chaque fois.

Louis est un personnage absolument fantastique, je ne le répéterai jamais assez.

Lisez ou regardez Beastars, point barre

Détailler tout mon amour pour cette série impliquerai de dévoiler chaque pan du scénario et chaque évolution de personnage, donc : lisez (l’éditeur Ki-oon a fait un excellent travail de traduction) ou regardez (quand la série sera disponible légalement sur Netflix parce que ce n’est pas encore le cas) Beastars. C’est autant une très bonne histoire de passage à l’âge adulte qu’une réflexion sur les relations « humaines », et autant un thriller palpitant qu’une comédie romantique. C’est une œuvre généreuse qui distribue les bons personnages comme les rebondissements, et que vous aurez plaisir à relire pour mesurer le chemin parcouru. Quel que soit votre état émotionnel, elle vous aidera à… reprendre du poil de la bête.

La composition et le dessin sont également au top pour les scènes comiques.

Haikyuu!! n’a pas volley mes louanges

Haikyuu !! m’a donné l’énergie positive dont j’avais besoin en période de changement.

Ce sera donc mon premier vrai billet de blog : chanter mon amour pour cette série, et pourquoi elle m’a fait autant de bien. Parce que vous devriez la regarder aussi, et aussi parce que j’avais envie. Et sans rien divulgacher (j’adore ce néologisme pour remplacer spoiler).

Moi lorsque j’ai trouvé ce titre.

SCÉNARIO

C’est une série sur des lycéens qui jouent au volley-ball.

Non, sérieusement, il n’y a pas grand-chose à dire de plus.

Pour qui veut la fiche Wikipédia, Haikyuu !! est une série d’animation japonaise d’actuellement 60 épisodes répartis en 3 saisons (2×25 et 1×10), et c’est l’adaptation d’un manga d’Haruichi Furudate, édité en France chez Kaze sous le titre Haikyu !! Les as du volley. Dans son scénario de base, la série n’a pas vraiment de trait qui la distingue des autres, si ce n’est qu’elle a réussi à me passionner, alors que je suis fort peu intéressé par le volley. Et par les séries de sport. Et par le sport tout court, maintenant que j’y pense.

Je vais juste donner les bases pour comprendre le reste de ce billet. La série raconte comment Shōyō Hinata, petit et maigre mais rapide et très bon sauteur, et Tobio Kageyama, génie du volley complètement insupportable, rejoignent l’équipe de Karasuno, une école qui fut prestigieuse mais n’est plus que l’ombre d’elle-même (enfin son équipe de volley, le reste de l’école va bien). Les deux se détestent au premier abord mais forment une combinaison formidable sur le terrain, Hinata étant le seul capable d’attraper les passes les plus rapides de Kageyama et Kageyama sachant d’exploiter au maximum la vitesse d’Hinata. Voilà, en gros, la direction prise à partir du deuxième épisode, le premier mettant en place nos deux personnages.

L’épisode 1 fait croire à la naissance d’une rivalité entre ces deux andouilles, l’épisode 2 la désamorce immédiatement avec cette réplique.

VISUEL

Oui, mon article a un découpage très classique, mais cette série s’y prête bien. Et il faut parler du visuel, parce que cette série est belle. Son contexte lui permet de jouer au maximum avec la couleur, que ce soit avec les ballons (blanc, vert et rouge ou bleu et jaune) ou avec les maillots des équipes, souvent très vifs (mention spéciale à Shiratorizawa, la meilleure équipe de la série qui explose tout le monde en maillot violet et blanc). Le volley étant un sport qui se joue en salle, l’environnement est clair et boisé, ce qui fait ressortir les maillots noirs des héros. Et comme la série n’hésite pas à jouer avec la lumière, le résultat est bariolé mais toujours agréable.

Mais surtout, l’animation est aux petits oignons. Les corps bougent, sautent, se tordent pour frapper la balle. La série joue bien avec le temps, en gardant les moments au ralenti pour préparer l’action mais laissant celle-ci se dérouler en temps réel quand elle survient. Elle est fluide et lisible, grâce à une mise en scène efficace qui multiplie les angles comme seule l’animation le permet. Et elle est sobre. Pas besoin d’avoir des aquarelles ou des illustrations visuelles comme dans Olive et Tom où Mark Landers avait un tigre en fond chaque fois qu’il tirait, ici les métaphores animalières servent à illustrer l’état d’esprit de l’équipe, pas l’action. Et ça fonctionne, les matchs sont clairs et donnent envie d’y participer, l’ambiance est très bien campée et la série se laisserait regarder même sans ses autres qualités.

Cette scène est un bon exemple de la mise en scène d’une action dans la série.

SON

L’ambiance est aussi délicieusement servie par ses musiques, que j’ai trouvé de très bonne qualité. Sauf les génériques, mais la manière dont les génériques japonais sont chantés n’est pas ma tasse de thé. Les musiques d’arrière-plan fonctionnent très bien, avec une mention spéciale pour le morceau Greed, qui revient souvent dans la saison 2 et a été assez clairement repris pour le titre Notes pour trop tard d’Orelsan. Et surtout, les musiques d’action sont puissantes, diversifiées et travaillées, s’accordant parfaitement à l’animation nerveuse pour proposer des séquences mémorables. Ou être coupées brutalement lors d’un honteux retournement de situation ! Même sans regarder la série, je recommande clairement de jeter une oreille à l’OST de la série (particulièrement de la saison 2) à quiconque apprécie les musiques de film ou de séries.

Si je sortais courir en écoutant cette musique je m’essoufflerai en deux minutes. Donc je ne sors pas courir.

PERSONNAGES

Ils sont tellement attachants ! C’est difficile d’expliquer en détail sans révéler leur évolution, mais cette série donne envie de rejoindre l’équipe de Karasuno. Tous les membres sont différents sans être à tout prix uniques, certains sont des archétypes mais ne tombent jamais dans le cliché désagréable. Ils ont leurs spécialités mais n’ont ni le même niveau, ni le même engagement. Ils se soutiennent tous mais ont des dynamiques différentes entre eux. Et la série a le bon goût de ne pas créer de conflit forcé entre eux pour rajouter de la tension, elle s’en passe pour ne garder que quelques différents qui ne s’étalent pas et paraissent plus crédibles. Haikyuu !! installe ses personnages efficacement et les rends mémorables par leurs interactions.

La série maîtrisant son sujet, tout ce qui est archétype ou cliché est exploité au mieux. C’est une série qui ne brille pas par son scénario initial mais par son traitement. Pour parler d’un personnage spécifique, Hinata est un peu le « héros » traditionnel, ce personnage surexcité, passionné, sûr de lui et pas très intelligent que l’on croise à toutes les sauces dans les mangas orientés action pour public adolescent masculin. Mais là il n’est absolument pas le capitaine, ni même le leader. Le capitaine c’est Daichi, un défenseur toujours présent pour les autres, d’apparence ordinaire et assez discret. Hinata crie et court de partout, il est donc le leurre de l’équipe, qui attire tous les regards, y compris celui du spectateur, quand les autres préparent la véritable action. Le volley est un sport d’équipe, le personnage principal dans Haikyuu !! est l’équipe de Karasuno dans son ensemble et non pas un personnage isolé.

Et tout le monde a le droit à un traitement aussi soigné, surtout dans les équipes adverses. Personne n’est parfait mais personne n’est méchant dans cette série. Il n’y a pas d’archétype du rival insupportable, hautain et méprisant puisque ce rôle est déjà rempli par Kageyama, qui va devoir le surmonter assez vite pour s’intégrer à l’équipe. Même le personnage d’Oikawa, capitaine d’une équipe rival introduit comme arrogant, séducteur et mesquin, a pour grande qualité d’écouter son équipe et de pouvoir adapter son jeu à n’importe quel coéquipier. Même les équipes faibles, prétextes à montrer l’évolution des héros, ont droit à leur petit instant de gloire et de développement. Puisqu’il y a forcément un gagnant et un perdant à chaque match, la série préfère créer de l’empathie envers les deux équipes d’un match pour lui donner plus d’émotion.

Personne n’est parfait sauf Sugawara Koushi, la gentillesse incarnée.

MESSAGE

Je ne vais pas me lancer dans l’analyse détaillée de la philosophie de la série. Mais si cette série m’a « parlé », c’est qu’elle dit quelque chose. C’est très personnel, ça peut tenir à des détails de la série et n’importe qui aurait tout à fait le droit d’y lire autre chose, et c’est bien pour cette raison que ceci est mon blog et pas celui d’un autre. Mais trop développer serait divulgacher, je serai donc concis (enfin, autant que je puisse l’être…).

J’y ai vu une réflexion sur les passions. Sur la manière dont nous sommes inégaux face à celles-ci, certains étant à fond dedans dès le début et d’autres ayant besoin d’un déclic qui met parfois longtemps à arriver. Sur la manière dont elles nous subliment aussi, puisque la série n’oublie jamais qu’elle ne parle « que » de volley, et « à peine » joué par des lycéens, mais met toujours en scène l’importance que ce sport revêt pour eux et l’émotion qu’ils en tirent.

J’ai été touché par ses interrogations sur les défaites et les victoires. Sur ce qu’elles signifient, surtout dans un système qui implique impérativement un gagnant et un perdant. Sur le sens qu’on leur donne, de la victoire à l’arrachée à la défaite honorable. Et sur le rôle qu’on peut y jouer, avec des personnages allant du pilier présent en permanence à celui qui n’aura qu’une occasion de briller de tout le match, tous ayant autant de mérite dans la victoire ou s’en voulant autant dans la défaite.

J’ai été très agréablement surpris par sa vision positive des conflits humains et de la manière dont on peut les gérer. Voir des personnages comprendre leurs problèmes et faire des efforts pour les résoudre, plutôt que s’embourber dedans jusqu’à ce que le conflit éclate, m’a fait énormément de bien. Encore une fois, l’intérêt d’Haikyuu !! réside en grande partie dans ses interactions, une lecture optimiste de la manière dont on peut progresser avec les autres. Je suis sorti de mon visionnage avec une envie renouvelée de partager et d’échanger, il était donc logique que j’ouvre mon premier vrai billet de blog avec cette série.

Le genre d’image pratique pour illustrer aussi bien une victoire qu’une défaite.

DÉFAUTS

Soyons un minimum honnête, la série a évidemment ses défauts. Et ce qui peut clairement rebuter, ce qui n’a pas eu droit au même soin que le reste, c’est l’humour et le traitement des personnages féminins. Les séquences qui se veulent purement comiques ne m’ont guère fait sourire, principalement parce qu’elles sont vues, revues et à peine corrigées. Et en terme de demoiselle, on peut compter à peu près quatre personnages féminins dont je peux un minimum me souvenir en trois saisons (et une reste juste « la sœur du chauve » dans ma tête), dont celle qui joue le rôle de la fille trop belle dont toute l’équipe est plus ou moins amoureux. Si j’étais mauvaise langue, je dirai qu’elle est juste là pour éviter que l’on ne s’imagine trop de relations sentimentales entre les garçons de l’équipe (Internet me confirme que c’est particulièrement raté). Plus sérieusement, la série repose vraiment sur ses interactions, et seules deux de ces trois personnages féminins ont des échanges intéressants avec d’autres personnages, chacune avec un seul (pour ceux qui ont vu la série, Hinata-Yachi et Daichi-Michimiya). C’est dommage.

Michimiya Yui, capitaine de l’équipe féminine de volley de Karasuno et vite reléguée au rang de supportrice. Une de mes rares déceptions.

BILAN

Haikyuu !! est une série culpabilisante qui me fait regretter de ne pas m’être plus investi dans le sport au lycée.

Sinon c’est une série de qualité qui donne le sourire et l’énergie.

Et m’a poussé à enfin alimenter ce site.

La meilleure musique de 2018

Une excellente « actu perso » pour remplir un peu ce blog. 

J’offre dix points Internet à toute personne m’envoyant un montage avec cette musique. Je ne réponds plus de mon corps si quelqu’un passe cette musique en soirée.

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